L’UE notera les centres de données sur la consommation d’eau et d’énergie

L'UE notera les centres de données sur la consommation d’eau et d’énergie

Le 21 septembre dernier, la Commission européenne a adopté un règlement délégué qui transforme les données que l’UE collecte depuis 2024 auprès des centres de données en un label public concernant la consommation d’eau et d’énergie. Ce règlement obligera les opérateurs de datacenters de collecter et rendre publique une foule d’informations concernant leur impact environnemental.

Chaque installation avec une demande d’énergie informatique installée d’au moins 500 kW qui rapporte à la base de données européenne sur les centres de données recevra une étiquette électronique, générée automatiquement.

Celle-ci évaluera son efficacité de consommation d’énergie et son efficacité de consommation d’eau, avant d’attribuer une note sur une échelle de A à G. Elle décomposera d’où vient l’électricité, et indiquera si l’installation offre de la flexibilité au réseau et s’il est prêt à céder sa chaleur résiduelle à quelqu’un d’autre.

Les premières étiquettes devraient être remises d’ici le 15 août 2027. Le règlement est maintenant entre les mains du Parlement européen et du Conseil. Ces organes ont désormais deux mois pour s’y opposer, mais ils ne peuvent pas le modifier.

Une nouvelle norme de transparence pour l’industrie

Pour une entreprise d’hébergement, l’arrivée de cette étiquette représente un changement très concret. Elle désigne l’opérateur, le type de centre de données et la région NUTS3. Plus important encore, elle est publique.

Un fournisseur disposant de baies dans une salle de colocation verra la classe PUE de son propriétaire publiée l’année prochaine. Le droit existant du propriétaire (en vertu de la réglementation de 2024) sur la collecte des chiffres d’énergie informatique auprès des locataires, porte toutefois désormais une note publique.

Les propres chiffres de la Commission montrent pourquoi elle veut exercer cette pression. Lors du premier cycle de rapports, seulement 770 centres de données ont fait l’objet d’un rapport. Cela représente environ 36 % de ceux qu’elle estime obligés de le faire. De plus, leur PUE moyen est de 1,36, ce qui équivaut à un D sur la nouvelle échelle.

Les autorités européennes ont donc choisi d’être proactives, et de pousser les centre de données à faire davantage d’efforts pour optimiser leurs installations.

7 classes pour l’énergie, 7 pour l’eau et un code QR

7 classes pour l'énergie, 7 pour l’eau et un code QR

Les deux notes de l’étiquette proviennent directement des deux ratios déjà signalés par les opérateurs. L’annexe I de l’acte définit les classes d’énergie en fonction de l’indice PUE (Power Usage Efficiency) des opérations. Une note d’efficacité énergétique est donc attribué en fonction de cet indice:

  • A pour un PUE inférieur ou égal à 1,15,
  • B jusqu’à 1,25,
  • C jusqu’à 1,35,
  • D jusqu’à 1,5,
  • E jusqu’à 1,7,
  • F jusqu’à 1,9,
  • G pour tout PUE au-dessus de 1,9.

Les classes concernant la consommation d’eau suivent une logique similaire. Elles se basent toutefois sur l’indice WUE (Water Usage Efficiency). Le score relevé par cet indicateur détermine alors la note attribué à chaque installation:

  • A avec un WUE inférieur ou égal à 0,1
  • B jusqu’à 0,2,
  • C jusqu’à 0,4,
  • D jusqu’à 0,6,
  • E jusqu’à 0,8,
  • F jusqu’à 1,0
  • G pour tout WUE au-dessus de 1,0.

Le PUE conserve la méthode fixée dans le règlement de 2024. L’annexe III reprend toutefois l’indice WUE sur l’eau douce, plutôt que sur l’eau potable, comme c’était le cas par le passé.

La Commission indique que les seuils « ont été établies sur la base de l’analyse des données soumises par les opérateurs de centres de données au cours de la première période de rapport et d’une évaluation de la législation, des initiatives, des critères de référence et des normes existants ».

Une foule d’informations sur les centre de données incluses avec la note

L’annexe II énumère une série d’autres éléments qui figureront sur l’étiquette. Ceux-ci incluent le nom du centre de données, le type, l’opérateur, l’emplacement, la catégorie de taille et l’année d’entrée en service.

Ils comprennent aussi un code QR reliant à la partie publique de la base de données européenne, les degrés-jours de refroidissement, l’indication selon laquelle l’installation fournit des fonctions de flexibilité au réseau, et si elle est « prête à réutiliser la chaleur résiduelle ».

L’étiquette comprendra aussi une ventilation de son électricité en contrats d’achat d’énergies renouvelables sur site, d’énergies renouvelables et nucléaires, de garanties d’origine, et d’énergie « dont le centre de données n’a pas identifié la source dans le rapport. »

Le nucléaire se trouve à côté des énergies renouvelables dans cette panne, que l’Agence Europe a distinguée.

Le système fonctionne sur des données qui existent déjà : « L’étiquette sera créée automatiquement par la plateforme de reporting à la fin de chaque période de reporting pour tous les centres de données de reporting. »

L’article 4 ajoute deux obligations pour les opérateurs : mettre le label à la disposition de « toute personne physique ou morale qui en fait la demande », et ne pas « produire ou afficher des labels imitant » le label officiel.

Un application complexe pour les opérateurs de colocations

La partie qui atteint les fournisseurs d’hébergement se trouve à l’article 5, qui modifie le règlement de 2024 sur les rapports. Le mécanisme locataire lui-même n’est pas nouveau.

La réglementation de 2024 permet déjà aux opérateurs de colocation de recueillir les indicateurs des locataires via un mécanisme de signalement interne anonyme. Le paragraphe de la réglementation se lit comme suit :

« Si un opérateur de centre de données de colocation ne peut pas surveiller et recueillir les données nécessaires pour calculer de manière suffisante les indicateurs clés de performance visés aux points 2 a) et 2 b) de l’annexe II pour toute la surface de la salle informatique du centre de données, il estime et indique le pourcentage de la surface de la salle informatique du centre de données que couvrent les informations communiquées à la base de données européenne. »

La phrase suivante réaffirme du texte ce droit de manière explicite :

« Les opérateurs de centres de colocation peuvent mettre en place un mécanisme de reporting interne, si nécessaire, sur une base anonyme, afin de recueillir auprès de leurs clients de colocation les indicateurs clés de performance définis à l’annexe II. »

Le rapport d’accompagnement de la Commission explique le problème que cela aborde. Elle affirme que les installations de colocation « ont souvent du mal à accéder à l’ensemble des indicateurs de performance clés opérationnels en raison de l’équipement informatique contrôlé par le client » et des exigences de signalement « devraient considérer la faisabilité des centres de données pour recevoir des données de leurs clients ».

Un dialogue nécessaire entre les propriétaire et les locataires des centres de données

Un propriétaire dont l’étiquette indique une valeur de couverture de surface de plancher veut cette valeur élevée, et la consommation d’énergie informatique du locataire est le chiffre qui le justifie.

Une entreprise d’hébergement qui loue des cages doit s’attendre à recevoir la demande lors du prochain cycle de rapport, présentée comme anonyme mais non facultative.

Deux autres amendements élargissent la porte. Tout d’abord, les opérateurs de centres de données de moins de 500 kW « peuvent participer volontairement » au programme en soumettant des rapports dans les mêmes délais.

Ensuite, les opérateurs d’installations « qui n’ont pas encore été mises en service » peuvent aussi déclarer les indicateurs qu’un site « est conçu ou prévu d’atteindre après deux années civiles de fonctionnement ». Ils recevront alors une étiquette sur cette base, en attendant de déclarer les chiffres réels de la première année d’exploitation.

Un hébergeur qui construit ses propres installations peut intégrer une conception de qualité dans son matériel commercial avant l’ouverture des portes. Les installations servant « exclusivement » la défense et la protection civile d’un État membre sont exemptées.

La clause de confidentialité est également réécrite. Les rapports individuels restent confidentiels « à l’exception des informations qui font partie de l’étiquette ».

Bram Vranken, de l’Observatoire de l’Europe des entreprises, affirme que la clause a survécu sous une forme réécrite, mais qu’elle demeure « extrêmement problématique ». Tout ce qui n’est pas sur l’étiquette reste donc hors de la vue du public.

Seulement 36 % des centres de données de l’UE ont déjà déclaré, et la moitié de ceux-ci ont des informations manquantes

Seulement 36 % des centres de données de l'UE ont déjà déclaré, et la moitié de ceux-ci ont des informations manquantes

Le rapport publié par la Commission parallèlement à l’acte, COM(2026) 500, est la première évaluation publique de ce que le système de déclaration 2024 a collecté.

Son principal sujet est la couverture : « 770 centres de données ont déclaré leurs données au cours de la première période de déclaration, ce qui représente environ 36 % du total estimé des centres de données dans l’UE relevant de l’obligation de déclaration. » On peut d’ailleurs noter que six États membres n’en ont toujours signalé aucun.

La Commission affirme qu’elle a reçu des données préliminaires d’au moins 30 % de centres de données supplémentaires lors du deuxième tour et qu’elle « accélérera l’application de la loi ».

Les données actuelles sont un peu décevantes

Les moyennes correspondent à ce que l’étiquette va maintenant exposer pour chaque installation sur le continent.

« Le PUE moyen déclaré des centres de données dans l’UE s’élevait à 1,36 », les moyennes nationales allant de 1,15 à 1,66. Les installations de 500 à 1 000 kW, la fourchette de taille dans laquelle de nombreuses sociétés d’hébergement régionales gèrent leurs propres halls, « rapportent un PUE moyen de 1,64, considérablement supérieur à la moyenne ».

Le WUE moyen était de 0,58, et « la plupart des centres de données n’ont pas atteint » l’objectif de 0,4 fixé par le Pacte sur les centres de données climatiquement neutres.

La chaleur résiduelle est l’indicateur le plus faible. Seulement 67 centres de données ont signalé une réutilisation, représentant environ 1,8 % de toute la chaleur produite. C’est donc plus de 98% de la chaleur qui n’est pas réutilisée.

Le rapport conclut que « environ la moitié des centres de données déclarants en Europe dépassent un PUE de base recommandé de 1,5 et/ou un WUE de base recommandé de 0,4 ». Cette phrase est essentielle, et définit d’ailleurs l’acte suivant.

Ce prochain acte est celui qui a du mordant, et il comporte une consultation mais pas de texte. L’appel à contributions sur les normes de performance minimales se termine le 14 décembre 2026. L’Agence Europe a annoncé comme objectif le deuxième trimestre 2027, pour la mise en place de la réglementation.

Pour l’instant, l’étiquette permet de connaitre et de classer les différents centres de données. Les normes, lorsqu’elles arriveront, commencerons à punir et exclure certains acteurs.

Tripler la capacité des centres de données, mais niveler l’efficacité

Le communiqué de presse indique que « l’UE souhaite tripler la capacité de ses centres de données au cours des cinq à sept prochaines années ». La vice-présidente exécutive, Teresa Ribera, soutient cet argument et abonde dans le même sens :

« Tripler la capacité de nos centres de données ne peut pas signifier tripler la pression sur nos réseaux, notre eau et nos factures d’énergie. Cela commence par la transparence, en évaluant les grands centres de données en fonction de leur impact sur notre système énergétique ».

Les chiffres à l’appui : les centres de données de l’UE ont consommé 68 TWh en 2024. Ce total devrait atteindre 114 TWh d’ici 2030, selon les deux chiffres de l’AIE. Le mémorandum estime à 3,2 % de la demande d’électricité de l’Union européenne, selon les données de demande d’Eurelectric.

La collecte et l’évaluation des données sera suivi d’actions plus concrètes

Le mémorandum indique aussi que la notation « sera utilisée pour évaluer la durabilité des centres de données dans d’autres législations de l’UE, y compris dans la loi sur le développement du cloud et de l’IA ». Elle a donc été prise en compte lors de la révision des actes délégués en taxonomie.

Un fournisseur d’hébergement soumissionnant pour du travail dans le secteur public devra donc avoir des notes acceptables à faire valoir.

Les régimes nationaux restent néanmoins en place. Le rapport indique que le seuil de déclaration de l’Allemagne est de 300 kW. Un hébergeur allemand disposant d’une salle de 400 kW déclare donc aujourd’hui ses émissions au niveau national et peut désormais opter pour le label UE.

La Commission révisera le système d’ici le 31 décembre 2028 et tous les trois ans par la suite. L’article 6 du règlement énumère ce qu’il peut ajouter : un score global de durabilité, des indicateurs pour l’utilisation énergétique des équipements TIC et « une certification (partielle) ou un audit des données rapportées ».

Pour conclure sur la note attribuer par l’UE aux centres de données sur l’eau et l’énergie

Le changement de règlementation de l’Union Européenne est un pas important vers une plus grande transparence dans la gestion des centres de données. Il représente aussi une évolution majeure en faveur d’une meilleure efficience et d’une réduction de l’impact environnemental.

À partir du mois d’aout 2027, tous les centre de données européens se verront attribuer deux notes distinctes pour leurs consommations d’eau et d’énergie. Celles-ci seront rendues publiques, au sein d’une étiquette accessible à tous, qui comprendra une foule d’informations.

Nous espérons que cet articles vous a plus et vous a éclairé sur la nouvelle note qui sera attribuée par l’UE aux centres de données. Si c’est le cas, nous vous invitons à consulter nos autres articles et comparatifs. Plusieurs d’entre eux pourraient vous aider et vous guider dans le choix de votre hébergeur web.